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L'atelier de Beevy :  Quelques textes de mes ateliers


Après cette nuit mortellement ennuyeuse, le vert de vie insistant du printemps exerçait sur moi un pouvoir d’attraction presqu’effrayant. A moins que ce ne fut là l’effet hypnotique du phare clignotant entre les arbres, apparaissant puis disparaissant au gré de mes pas, comme pour s’assurer que je fasse toujours le prochain. Me guidant ainsi dans cette presqu’évasion, cette échappée, à l’aube encore hésitante, de mes rêves trop oppressant, excluant ainsi toute idée de rebrousser chemin.

Une forte douleur à la nuque m’obligea à tirer du sac mon précieux onguent au calendula enveloppé à la hâte avant mon départ. Elle ne m’empêchait toutefois pas d’humer l’air humide délicieusement aromatisé aux feuilles et branchages décomposées. Instinct, quand tu nous tiens ! Nous étions apparemment plusieurs à apprécier les odeurs du printemps et des végétaux tout récemment abandonnés par la neige ou bien encore à peine naissant. Le doré des mousses renvoyait un éclat de lumière vers mes congénères à quatre pattes, qui, immobiles, ne semblaient étrangement pas être dérangés par ma présence. Et c’est surprise, que je m’en rendis compte : leur odeur m’était plus que familière…

La canopée s’ouvrit alors tout juste assez pour réchauffer la racine de mes bois et mes paupières se soulevèrent : « Existe-t-il en fait un chemin direct, quelque part ? Le seul chemin direct, c’est le rêve, et il ne mène que là où il se perd¨.


Véronique M.


Vertige


La chaussure  crisse sur les cailloux secs du sentier. Je dérape, glisse, me rattrape. Ma cheville cogne. Le sentier est long, vertigineux. Il zigzague jusqu’en bas, ce trou dans le nulle part.  Il se perd jusqu’aux toits d’ardoises. Ignoré. Sans temps, sans connaissance, sans horizon. Aucune pousse n’y survit. Vertige. Je regarde. Peur. Les chèvres bêlent, elles m’ont entendue, si maladroite sur les pierres. Les oiseaux crient. Les quelques maisons sont imbriquées les unes dans les autres. On ne sait pas où commence l’étable, où commence la maison.

Joao est là, il attend, il sait déjà. Dans mon sac, lourd, sur mon dos mouillé, ma photo préférée des enfants, l’aspirine, le lapis-lazuli, et mon désir inébranlable de reprendre la ferme. Je veux rebrousser chemin. Existe-il en fait un chemin direct ? Quelque part ? Le seul chemin direct, c'est le rêve et il ne mène que là où je me perds.


Béatriz Beaucaire