Logo_site_p
L'atelier de Beevy :  Quelques textes de mes ateliers

Marwan, cher Marwan,


Tu as vécu en moi tout ce temps, et aujourd'hui je voudrais te dire, alors que le temps est venu de te dire au revoir, qu'au tout début je ne croyais pas en toi. Je ne croyais pas une minute que tu allais prendre forme et exister, personnage bâti de bric et de broc au hasard de trois quatrièmes de couverture, dans lesquelles j'avais pioché ton nom, ton métier, ta situation de famille, ton lieu de vie et même ton état d'esprit. Marwan, manutentionnaire dans une usine de chocolats, jeune veuf, demeurant quelque part en Bretagne et, ce jour où j'avais commencé ton histoire, étrangement heureux. Et puis j'ai déroulé la suite, t'ai inventé une vie, t'ai fait rencontrer des gens, dont Pénélope, étrange et fascinante Pénélope que tu as aimée tant que tu en aurais grimpé le Mont-Blanc à genoux. Tu t'es mis à grandir, Marwan, à prendre de l'épaisseur, du caractère, à de venir vrai. Vivant. Au point d'en faire à ta guise. Tu t'es assis au chevet de Pénélope, tu l'as regardée danser au fond de sa folie. Plus tard, j'ai raconté votre rencontre dans une nouvelle écrite au cours du confinement, durant lequel tu livrais des médicaments pour une association. Tu as fait du cheval avec Jacques et Carrie, manquant chuter à maintes reprises. Dernièrement, tu as pris quelques vacances.

Je te convoque à nouveau ce soir, Marwan, et me rends compte que le moment n'est pas venu des adieux. Je ne peux ni ne veux te dire au revoir. Ce serait trop triste, comme de te faire mourir. Est-ce cela que ressent un écrivain, quand il a achevé la rédaction de son roman ? Peut-être est-ce pour cela qu'on écrit des tomes 2 ou des aventures en épisodes. Pour ce qui te concerne, je crois que tu vas habiter d'autres textes à venir, je te connais assez bien maintenant pour savoir que nous avons encore beaucoup à faire ensemble, et me réjouis à l'avance des aventures que nous allons partager.

A très bientôt, chez Marwan.

Emmanuelle Bastien



Pénélope,


Tu as vécu en moi tout ce temps et aujourd’hui je voudrais te dire combien j’ai aimé explorer avec toi les recoins ombragés de ton être, combien tu me bouscules aussi dans mes moindres recoins.

Je te reconnais.

Tu me reconnectes.

Ta noirceur je la connais, même si aujourd’hui je lui trouve d’autres teintes et de lumineux reflets.

J’aimerais que l’encre demain, dans sa fluide et noire évidence, t’offre un élan, un rêve, ou juste un escabeau à la vie. Vie dont la réalité compte moins que l’accomplissement dont chacun pourrait se nourrir. Cette vie-là, la tienne, où une terrible et insensée cruauté règne et nous effraie tous, mais où chacun a envie d’ouvrir une fenêtre pour t’aider à respirer. 

Pénélope, respire maintenant, respirons ensemble. Et laisse les cannes de mes lettres te soutenir et s’occuper du reste. 


Pascale Wehr-Stoll



May,



Tu as vécu en moi tout ce temps et aujourd’hui je voudrais te dire combien tes aventures m’ont portée. Tu ne m’étais pas sympathique au début : trop sage, trop propre sur toi, trop pathos. Et pour cause : tu sortais d’un roman qui n’était pas le mien. Et puis, je t’ai emportée sur la vague de mon imagination. Je te le concède, elle n’est pas toujours éclairante. Je fais de mon mieux mais écrivain, ça ne s’improvise pas. Ça se découvre, ça s’invente, ça se travaille. Et ma foi, en attendant de mettre un point final à un manuscrit enfin abouti, toi, May, tu m’as fait bien rire. Ingénieux le coup du sac en lieu et place de meetic pour Denise et le juge. C’était bien vu ! Je le sais bien, moi : j’habite en-dessous de leur appartement et mes nuits sont souvent raccourcies par leurs…discussions amoureuses. Sacré cachotier que ce Jacques ! Belle ingénue que cette Denise, amoureuse à tout jamais, de Jacques d’abord, mais aussi de tous ces livres que grâce à elle j’ai découverts. Belle victoire aussi pour toi May qui as suivi une voie que même moi, ta narratrice, je n’avais pas projeté. Alors comment finir ? De la manière la plus simple, la plus évidente qui soit : bon vent à toi May, bon vent à tous, Jacques, Denise et les autres ! Votre voie est toute tracée mais la mienne l’est aussi. Alors la conclusion s’impose : à bientôt !


Sylvie Meyer



Jacques,


Tu as vécu en moi tout ce temps et je voudrais te dire que j’ai aimé ta lente transformation. Certes le confinement a peut-être accéléré le mouvement intérieur qui était déjà à l’œuvre mais je ne crois pas que nous partons d’une page vierge. Tu avais déjà en toi cette dose d’humanité et de trivialité que tu cachais sous ton costume de juge, sous ton regard sérieux, sous tes émotions sous contrôle.


A te regarder je savais que tu cachais un secret douloureux, une expérience de vie qui avait laissé des traces mais que tu avais su la domestiquer et la reléguer tout au fond de ton cœur, tout au fond de ta vie.

Par contre, tu n’avais pas conscience que la vie se niche là où elle peut, là où on ne peut pas la déloger.

Tes yeux te trahissaient et laissent voir ce qui te faisait homme, un homme blessé, meurtri, abandonné par l’amour et ne désirant plus vivre, mais seulement fonctionner.

Alors oui, la robe du juge est bien commode et tu as cru qu’elle pouvait à elle toute seule abriter tes larmes, ton désespoir et tes deuils.


C’était sans compter le temps suspendu du confinement, la vie arrêtée dans nos appartements et toi, plutôt que de faire du pain, du macramé et des sudokus, tu as sorti des bières, tu ne t’es plus lavé et tu as maté des conneries à la télé.


A l’image du noyé qui doit toucher le fond et donner le petit coup de talon qui le ramène à la surface, ta déchéance physique et mentale, telle une décharge électrique, t’a réveillé et tu t’es redressé, en remodelant les contours de ton être qui étaient devenus flous, inconsistants et par endroits tellement rigides que ceux qui osaient t’approcher s’y blessaient les mains.


Ta démarche est encore hésitante, comme un accidenté qui réapprend à marcher mais tu n’as déjà plus besoin de canne et, un pas devant l’autre tu vas au-devant de ta vie qui, telle une page blanche est en train de s’écrire.


Françoise Boucard



Denise,


Tu as vécu en moi tout ce temps, et aujourd’hui je voudrais te dire… que tu devrais vendre ton bureau de tabac. Après toutes ces années et ce virus qui t’a aspiré tes forces, prends la route Denise, va faire du cheval chez Carrie, accepte ce café que te propose Jacques, festoie avec May Dodd, aborde ton voisin Marwan et fais-la, cette ascension du Mont Blanc avec Pénélope… Il sera toujours temps de chantonner les airs de radio Nostalgie, vis Denise, ne remets plus à demain ce que ton débit de tabac t’empêchait de faire.

Il est temps d’y croire à nouveau et de se cogner un peu au réel, à la vie : écris, chante et voyage, récupère ton vélo chez le réparateur et reviens me raconter tes aventures quand tu repasses par la rue Sellenick…


Isabelle Hoff



Carrie,


Tu as vécu en moi tout ce temps et aujourd’hui je voudrais te dire à quel point j’ai aimé te rencontrer, te connaître et te faire exister.

A l’origine, tu étais l’héroïne d’un roman fantastique qui m’a fait plonger, adolescente, dans la lecture.

Et puis un jour, grâce à un atelier d’écriture, tu es devenue quelqu’un d’autre. Une héroïne à part entière. Mon héroïne.

Seule, fragile et déterminée, tu étais en lutte. A la recherche de toi-même. De ta juste place. Comme toi, j’ai fait l’épreuve du deuil, de la perte, de tous ces renoncements dont on dit qu’ils permettent d’avancer. Mais toi et moi Carrie savons qu’il n’en est rien. On en crève pas, c’est tout.

Et puis un jour, il y a eu Jacques, Denise, May et ce Marwan fou d’amour pour Pénélope.

Grâce à leurs récits, tu as enfin pu te rencontrer. Renouer et te réconcilier.

Carrie, je te souhaite de trouver ta place dans ce monde, ailleurs que sur un simple banc face à la mer. Puisse la vie t’offrir des milliers de bancs sur lesquels tu pourras enlacer, rire, te lever, crier haut et fort ta vérité.

A présent, je te vois debout. Il est temps pour moi de te quitter.


Beevy Jalma